Avec son accent néerlandais à trancher au couteau et son regard on ne peut plus psychotique, Rutger Hauer est un des acteurs qu’on aimerait voir plus souvent. Split Second, film étrangement introuvable, accompagne The Blood of Heroes, Blind Fury et The Hitcher dans ses rôles les plus importants. Collision frontale entre Predator, Rosemary’s Baby, Blade Runner et 48 Hours, Split Second se déroule dans un Londoooon futuriste (en 2008) inondé par des pluies torrentielles. L’agent Harley Stooone enquête sur un tueur en série qui a massacré son partenaire. Seulement le tueur en série n’est pas humain, mais un alliage de tout ce que le fantastique a proposé comme créatures anthropomorphes. Malgré un mélange de tropes cinématographiques qui seraient théoriquement indigestes, Split Second arrive à faire du sens car tous les éléments de ce film sont démentiels. Au bout de 20 minutes la totalité des acteurs hurlent leurs dialogues, s’agitent dans tous les coins, vident des chargeurs de mitrailleuses dans les murs et se goinfrent de chocolat… Littéralement… Datant de 1992, il s’agit très probablement du dernier film d’action valable depuis Rambo 4 dont le budget aurait suffi à régler la famine d’au moins un pays souverain.
Tesis - Alejandro Amenàbar, 1996
Une gamine et un gorehound enquêtent sur une organisation produisant des films snuff. Thriller mieux ficelé que bien d’autres conneries (Se7en ou 8mm, par exemple) qui se démarque par une utilisation absolument exceptionnelle de l’appareil cinématographique. Tesis crée un malaise par une habile mise en scène qui joue avec les limitations de la Hi-8 et de la VHS tout en abusant de notre pulsion scopique. On notera la séquence où l’héroïne, déchirée entre son dégoût moral et son attraction sexuelle pour la violence, baisse le contraste de sa télévision afin de n’écouter que la bande audio d’un film snuff. Presque rien n’est montré, la violence se manifeste par dialogues ou suggestions, et c’est bien un des rares cas où ce n’est pas par prudence commerciale mais bien par shadenfreude.
The Beyond - Lucio Fulci, 1981
Visionnement de la copie 35mm en français à la cinémathèque québécoise. Lucio Fulci en veut à nos globes oculaires, nous collant une à la suite de l’autre des « murder-set-pieces » en gros plan. Du gore démesuré où les yeux sont dévorés, mutilés, arrachés et transpercés, où aucun appui logique n’est là pour supporter cette descente se terminant littéralement dans un enfer obscur. Un des rares films à appliquer le principe du théâtre de la cruauté au cinéma. Citation de Fulci dans cette entrevue avec l’Écran Fantastique : « Non, pour moi, c’est un film artaudien absolu. J’ai personnellement connu Antonin Artaud, il m’a regardé avec ses yeux fous, il y a trente ans. Mon idée était de faire un film absolu, avec toutes les horreurs de ce monde. C’est un film sans intrigue : une maison, des hommes et des morts qui viennent de l’Au-delà. Il n’y a pas de logique à chercher dans ce film qui n’est qu’une suite d’images. »
Ben X - Nic Balthazar, 2007
Film insupportable, ne se décidant pas entre anxiogène ou exercice sirupeux, qui réussit à peine à traiter de ses (trop) nombreux sujets : le syndrome d’Asperger, les MMORPG, l’intimidation scolaire et les familles reconstituées entre autres. Un Clean, Shaven des pauvres à l’esthétique essayant désespérément d’être jeune et cool.





