
Tears for Sale - Uros Stojanovic, 2008
Le film fut introduit par un des scénaristes se plaignant que la version diffusée dans les festivals précédents fut mutilée par l’EuropaCorps de Luc Besson. Tout ce que ce dernier a produit récemment ne vaut peut-être pas 10 livres de compost, mais après le visionnement du director’s cut, on ne peut que lui donner raison. Il y a des longueurs abominables dans ce film, des séquences kitsch à en vomir qui inspirent la lecture d’un magazine de décoration intérieure. Tears for Sale est un film mémorable dans les premières 30 minutes, mais qui se gâte rapidement jusqu’à la finale qui n’en finit plus de finir. Malgré des thématiques et un récit vraiment inspirés (éléments aussi rares qu’un film sans CGI), les personnages donnent l’impression d’avoir été développé par un érotomane misogyne et une féministe de 90 ans qui militait pour la prohibition de l’alcool. Le traitement est peut-être celui d’un conte, mais il y a des limites à exagérer les caractères selon les sexes. L’irritation se mêle à l’ennui, et le tout au regret de ne rien avoir apporté à boire.

I Spit on Your Grave - Steven R. Monroe, 2010
L’original de Meir Zarchi ne m’a jamais marqué. Je l’ai vu plusieurs fois et n’en ai gardé aucun souvenir, bon ou mauvais. Cette qualité que l’on accorde aux films grindhouse des années 70-80, soit la démence inhérente au manque de moyen, n’avait selon moi pas gracié ce rape-revenge pourtant légendaire. Force est d’admettre que le remake est beaucoup mieux, si ce n’est que l’héroïne cette fois est une brunette. Tout est pas mal, et le gore arrache. Un film satisfaisant, mais oubliable.
A Holy Place - Djordje Kadijevic, 1990
Cette adaptation serbe du VIY de Gogol se distingue du film russe en délaissant la terreur de la claustration pour une horreur psychosexuelle latente. Le spectacle du conflit entre la foi religieuse et la sorcellerie est abandonné au profit d’une inquiétude ambiante, où les destins des personnages sont scellés par une malédiction jamais rationalisée. A Holy Place n'est pas seulement intéressant en tant que document exotique, mais est en soi un excellent film d'horreur qui, pour 1990, évoque une sensibilité perdue depuis longtemps.

The Life and Death of a Porno Gang - Mladen Djordjevic, 2009
Ce film dégénéré est une chute vers la crasse. Au-delà de l’outrance et du désespoir, le réalisateur Mladen Djordjevic répond avec nihilisme aux communes hippies. La libération sexuelle, avec les données contemporaines du Sida et du smack, devient un abysse infernal, prélude à l’enfer. Il y a une fureur, mais surtout une authenticité, dans Life and Dead of a Porno Gang qui excuse ses maladresses. Il s’agit d’un film sale, et cette saleté nous laisse souillés et déprimés, un résultat aussi rare qu’appréciable.

Mutant Girls Squad - Noboru Iguchi, Yoshihiro Nishimura, Tak Sakaguchi, 2010
La vague gore du cinéma nippon des dernières années a laissé des films certes bâclés et gratuits. Ils ont, cependant, le mérite d’être férocement plastiques et excessifs dans les effusions d’hémoglobines. C’est ce refus quasi total du CGI qui rend ces films essentiels à considérer. Malgré une indifférence pour le cinéma gore, il y a là une voie potentielle, nouvelle, dans la représentation de la violence et d'un érotisme de la mutation. Des films comme Meatball Machines sont non seulement chaotiques, mais urinent du sirop de maïs sur nos gueules et proposent quelque chose de véritablement organique, une qualité exceptionnelle dans le cinéma d’exploitation actuel. Avec Tokyo Gore Police, dont les références au Robocop de Verhoeven sont immanquables, on pouvait même repérer au travers du latex une certaine sincérité, une volonté de vraiment faire mal. Et bien tout ça fout le camp avec Mutant Girls Squad, une cochonnerie qui ne fait qu’aller plus loin pour aller plus loin dans le gore, et qui du coup perd tout son intérêt. Coréalisé par trois fondateurs de cette vague (dont le pornographe Noboru Iguchi), ils ont commis l’irréparable : intégrer du CGI, et du mauvais en plus. C’est long, c’est chiant, et absolument insatisfaisant. À mort.
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